Elles sont trop nombreuses



Aujourd'hui, en ouvrant mes médias sociaux : Une autre femme a été tué par son conjoint.

Pourquoi, je dis une autre? Parce que dans les dernières semaines, dernier mois, j'ai partagé chacun des articles, le cœur gros, pour sensibiliser.

Et malheureusement, le nombre ne fait que se multiplier. 

Pourquoi les partager si ça me fait autant mal? Pour sensibiliser justement. 

Je pourrais laisser ça aller. La grande emphatique en moi pourrait se dissocier de ce fléau social. 

Mais comment faire quand cette femme aurait pu être moi? Comment faire quand cette femme aurait pu être une de mes clientes,voisines, soeurs ou une des survivantes que j'ai la chance d'accompagner? Comment faire pour ignorer, quand cette femme, pourrais être ma fille dans quelques années?

La semaine dernière, j'ai partagé sur les médias sociaux une des images de mon exposition Je suis FAM - Survivante. Oui, la fameuse exposition d'images troublantes qui vise à sensibiliser face à la violence faite aux femmes. En message privé, on m'a dit que mon art dérange. Que ce genre d'art est laid et que je devrais cesser d'utiliser la plateforme de médias sociaux pour mettre de l'avant mon histoire de victime. 

J'ai été blessé. Profondément. Mais, ce n'est pas la première fois que je reçois ce genre de commentaire. Alors, je n'ai aucunement retiré l'image, j'en ai même poster une deuxième. 

L'art, elle dérange quand nous ne sommes pas prêts à avoir en plein visage la laideur de la vérité.

La violence conjugale est la responsabilité de tous. De la famille, du voisin, de l'ami. Mais malheureusement, beaucoup préfèrent fermer les yeux. Ça me rappelle un court texte que j'avais écrit, je vous le partage ici : 

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“Les autres, n’ont-ils vraiment rien vu? 

Aveugler à ce point par mes talents d’actrice.

Ce faux sourire était-il si convaincant qu’on ne voyait pas mes yeux rougis par les larmes et la détresse au fond de mes pupilles?

Ce faux sourire était-il si convaincant qu’ils ne m’ont pas vu m’éteindre un peu plus chaque jour, chaque mois, chaque années. 

Les autres n’ont-ils vraiment rien vu ou préféraient-ils fermer les yeux sur ce tabou?

Les autres n’ont-ils vraiment rien entendu quand je prononçais un cri de détresse entre deux « oui ça va ».

Les autres ont-ils vraiment décidé de se taire quand ils auraient dû parler? 

Ne rien voir. Ne rien entendre. Ne rien dire.

Parfois témoin, parfois instinctivement au courant ... On laisse aux autres la gestion d’un tabou trop grand à tolérer pour notre être dans l’espoir que celui-ci disparaisse.”

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Alors, je voulais juste vous dire que je vais continuer d'en parler. Que je vais continuer de créer de l'art qui dérange. Je vais continuer de partager mon vécu de survivante, mon parcours pour obtenir justice. 

Je vais continuer de le briser ce ********* silence, parce que c'est ma responsabilité, autant que la vôtre. 


J'ai pas envie d'être douce dans ma façon de le dire, parce que c'est un fléau, qui en temps de COVID se multiplie et que ça suffit d'être dans le déni. 

Elles sont trop nombreuses, trop nombreuses à perdre la vie ou à voir leur vie détruite.

Si mon art vous dérange. Sachez, que grâce à elle, de nombreuses femmes victimes m'ont contacté après l'avoir vu, et que nombreuses sont celles qui ont réussi à aller de l'avant et aller chercher l'aide nécessaire. 

Des inconnues, dans ma boite messages, pour qui mon art, a été la transition vers '' se choisir'' parce qu'elles se sont senties comprises et moins seules. 

Alors... J'ai pas l'intention d'arrêter d'en parler, de partager. J'ai été victime de violence conjugale, je suis une survivante, et le silence s'est terminé.

P.S UN GROS MERCI À TOUS CEUX ET CELLES QUI SUPPORTE CE QUE JE FAIS ET CETTE CAUSE QUI ME TIENT TANT À COEUR.



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