Briser le silence



8 Mars - Journée Internationale des droits des femmes. 

Cette année, cette date a une toute autre signification dans mon parcours. Ceux et celles qui ont suivit mon histoire, savent que le 8 Mars 2017 - je déposais une plainte pour agression sexuelle et violence conjugale et que depuis je menais ce grand combat pour avoir une justice. 

Un adon de la vie... un signe peut-être  ...  Après que mon rendez-vous fut reporté, la semaine précédent cette date, j’ai pris tout mon courage pour aller raconter mon histoire à un enquêteur et déposé ma plainte. 

Par la suite, en revenant à la maison, j’ai ouvert mes médias sociaux, pour me rendre compte que nous étions le 8 Mars - Journée Internationale des droits des femmes. 

La vie fait bien les choses et cette date restera gravée à tout jamais dans mon être, dans mon histoire. Cette année, cette date, elle est toutefois différente, mon combat dans le système judiciaire est terminé et mon agresseur a été reconnu coupable et est présentement incarcéré. 

Cette année, cette date est synonyme de soulagement et de reconnaissance - La gratitude d’avoir des droits en tant que femme et d’avoir eu accès à une justice pour les gestes qui on été commis à mon égard. 

Cela fait quelques mois, que je n’ai pas écrit sur ce blog, submergée par les émotions de la réouverture de certaines blessures lors du procès et complètement bouleversée, drainée, épuisée par le “après”. 

Mais, je tenais absolument à sortir quelques mots pour cette date qui est bien spéciale pour moi et de nombreuses femmes. 

Je vous partage donc ceci - 

Extrait de journal 16 Décembre 2020

“Je croyais que je verserais toutes les larmes de mon corps. Du moins, au moins quelques unes. Mais, lorsque la juge à prononcer ta sentence, j'ai tout simplement respirer. J'ai serré les mains des deux femmes extraordinaires à mes côtés. 

J'ai laissé aller la lourdeur de ton fardeau de mes épaules et j'ai tout simplement respirer. Ce fardeau, c’est le tien à porter et aujourd’hui, j’ai pu me tenir droite alors que tu courbais le dos.

Pour la première fois, depuis très longtemps, les larmes n'ont pas envahis mes yeux dans cette salle d'audience. Pour la première fois, depuis très longtemps, j'ai ressenti cette légèreté. Soudainement, cette salle d'audience qui m'avait paru si froide auparavant, devenait enfin un endroit de soulagement. 

Reprendre ma liberté alors que tu perdais la tienne.”

Le parcours a été long, et difficile, on ne se le cache pas. Mais, si on me demande aujourd’hui si je le referais, la réponse est oui. 

À de nombreuses reprises pendant les procédures, j’ai eu envie de tout abandonner, j’ai parfois perdu espoir (mais jamais complètement), j’ai eu des épisodes dépressifs et de nombreuses frustrations. Ce qui m’a permis de continuer,  c’est beaucoup de résilience, de courage mais aussi de m’entourer des bonnes ressources. Encore aujourd’hui, et pour toute ma vie je serai reconnaissante pour les intervenantes d’Alternative pour elles ainsi que les intervenantes du CAVAC. Elles m’ont aider et accompagner dans chacune de ces difficiles étapes et sans elles, briser le silence n’aurait jamais eu lieu. 

Alors je veux m’adresser à celles qui vivent ou ont vécu des situations où leurs droits on été  brimés ... vous avez des droits et malgré les difficultés de ce système de justice, il y a de beaux dénouements. Il y a définitivement encore beaucoup mais beaucoup de travail à faire au niveau de notre système de justice, tellement tellement de travail. Et ce n’est pas un processus facile, cela prend du courage et beaucoup d’énergie, mais vous n’avez pas à affronter cela seule. Obtenir une justice, être entendue, c’est un lourd processus mais briser le silence, ça enlève un poids, ça vous enlève un fardeau qui n’est pas le vôtre à porter. 

Je sais, ce n’est pas facile, et briser le silence ce n’est pas aussi simple que cette belle phrase toute faite que l’on se fait répéter en permanence. La peur de ne pas être cru, la peur d’être juger, la peur de se remémorer certains événements, ça vient aussi avec Briser le silence. Mais, je vous partage mon expérience, briser le silence, ça fait du bien à l’âme, et aux épaules aussi. Ça vous permet de vous tenir bien droite, de reprendre le contrôle de votre vie. Briser le silence, ça n’efface pas ce que vous avez vécu, même un jugement de culpabilité et une incarcération, ça n’effacera pas ce que vous avez vécu. 

Rien, RIEN n’effacera ce que vous avez vécu. Mais, de briser le silence, de partager cette souffrance, vous vous sentirez moins seule et vous pourrez doucement réapprendre à vivre en laissant moins de place aux blessures. Parlez-en à une personne de confiance, à une intervenante d’un organisme, ou entamer un processus en justice, mais svp libérer vous de ce fardeau qui n’est pas le votre. 

Le 8 Mars, c’est plus que la Journée de la femme, c’est la journée de nos droits et nous avons toutes droit à une vie sans violence  🙏🏻✨❤️



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