Petit matin gris

 



Ce matin, je me suis réveillée en pleurant, en sanglots. Cette espèce de pleur qui fait mal, les larmes qui n’arrêtent juste pas de couler. Un petit matin gris.


Ce matin, avant d’ouvrir les yeux, c'est son regard que j’ai vu. Un regard qui ne s’oublie pas, un regard qui se grave en vous, des années de rêves troublants et de souvenirs douloureux qui ne veulent juste pas se glisser dans le tiroir. Une gravure, comme celle dans les arbres. L’arbre continue de grandir, mais la gravure laisse sa trace à tout jamais sous l’écorce de celui-ci. 


Malheureusement pour moi, la trace laissée sur mon arbre n’est pas un beau cœur et quelques initiales comme dans les films d’amour. Non, c’est un arbre qu’on a tenté d’abattre à coup de hache mais qu’on n’a pas eu le temps d’achever. 


Ce matin, à peine les yeux ouverts, j’ai repassé en boucle dans ma tête plusieurs années de vie. 


J’ai pleuré un peu plus. 


Ensuite, alors que le soleil n’était pas encore levé, j’ai fait couler l’eau du bain, allumé une chandelle et mis de la musique. 


J’ai pleuré un peu plus. 


Pas des petites larmes qu’on essuie doucement du revers de la main, non... des larmes qui coulent et qui brûlent les yeux. De la peine qui se ressent jusqu’au fond de ton être et qui te donne envie de te plonger complètement dans l’eau afin de ne plus rien voir, de ne plus rien entendre. 


Des larmes de douleur? De la frustration? 

Une frustration de ne pas aller mieux après 5 ans. Une peur de ne jamais complètement sortir de cette douleur. 


Des larmes de “trop plein” comme j’aime bien les appeler. Les larmes que ton corps force à faire sortir quand tu t’obstines à rester forte. Parce que ton corps il s’en fou de ton statut de SuperWoman, y’a besoin que ça sorte. 


Ensuite, je suis sortie du bain, pas lavée et les yeux rougis. On s’entend que j’y allais pas mal plus pour me laver l’esprit que le corps anyway. 


Je me suis faite un thé. J’ai écrit dans mon journal de gratitude. J’ai fait du yoga. J’ai fait un peu d’art-thérapie... 

Une longue liste de “self-care”... des heures à prendre soin de moi, pour arriver à oublier son regard à lui. 


Et au moment d’écrire ces mots. Je me sens mieux, ce blog vient après toute la liste de self-care mentionnée plus haut. 


Mais, je suis en colère. 

Je suis triste. 

Je trouve cela injuste. 


Ses actions, 5 ans plus tard, briment encore mon sommeil. Ses actions et ses mots, 5 ans plus tard, sont encore gravés dans mon écorce. Et parfois, comme ce matin, je me tape sur la tête. Je m’en veux de ne pas être complètement rétablie de cette relation. 


Et c’est là que les mots des femmes qui m’entourent depuis le début de ma guérison, sont ceux que je me répète en boucle. 


La guérison peut prendre beaucoup de temps et on ne peut pas la faire plus rapidement, elle a son propre rythme. Chaque larme de “trop plein”, chaque moment de vulnérabilité est un pas de plus vers la guérison. 


Mais regarde, prends le temps de voir à quel point tu as cheminé. Le parcours que tu as fait. La force et le courage dont tu as fait preuve. 


Regarde comme l’écorce de ton arbre se cicatrise, regarde comme tu te tiens droite. 

Rappelle-toi que sans pluie, ton arbre ne serait pas ce qu’il est en ce moment. 


Rien ne grandit qu’avec du soleil. Les petits matins gris, les petites pluies, ça fait grandir aussi.

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