La vague me rentre dedans, solide.


La vague me rentre dedans. 


Pas le genre de vague calmante et relaxante du bord de mer. Non, une vague qui vient pour te ramasser et te faire couler au fond. Une vague qui vient pour te brasser. 

La vague de dénonciation des deux dernières semaines, elle me rentre dedans, solide. 


Ma vie dans ce dossier, elle n’est pas simple, et ça depuis plusieurs années. De longues années à nager contre le courant. À surmonter une à une les failles d’un système de justice qui n’est pas adapté, les failles d’un système de justice qui fait défaut. 


J’ai tourné les mots en boucle dans ma tête, j’ai écrit des centaines de lignes et malheureusement je n’ai pas l’impression de trouver les mots justes, ni les mots, tout court. Je n’ai aucune idée quoi dire, ni quoi écrire. Alors, je vous déballe une série de mots mis un à la suite de l’autre, en espérant qu’à la fin cela fasse du sens pour certains.


La vague me fait mal. Parce qu’au fond de mon être, je vis encore sous silence. Des choses jamais dites, des choses jamais avouées. En procès depuis plus de 3 ans et demi, toujours à attendre de pouvoir prendre la parole, de pouvoir me libérer d’un fardeau. Ce fardeau que je ne veux plus sur mes épaules, ce fardeau que je veux lui redonner. C’est le sien. C’est à lui de porter la lourdeur de ses actes, mais en attendant, c’est à moi qu’appartient la lourde tâche de ne pas oublier, de me rappeler en détails. 


J’ai entendu tellement d’opinions, tellement de commentaires depuis cette deuxième vague. Des opinions flouées, des commentaires méchants, un manque de sensibilisation, un manque de soutien envers les victimes, une culture du viol encore beaucoup trop présente. 


J’en ai entendu trop, et j’ai explosé.


J’ai débarqué chez mon intervenante et j’ai crié et pleuré. Ensuite, je suis aller chez une amie, j’ai pleuré et hurlé. Ensuite, je me suis couché dans le lit, en position fœtale et j’ai pleuré pendant des heures, pleuré dans les bras de mon amoureuse. J’ai aussi pleuré seule, en lisant des témoignages, pleuré seule en voiture, pleuré dans la douche. Pleuré pour ma peine et pour la peine de toutes ces victimes. J’ai pleuré les injustices du système, les délais, la souffrance de notre monde. Malheureusement, les larmes, ça ne change pas le monde.


3 ans et demi plus tard, alors que je me bat encore pour ma justice - Je comprend pourquoi les victimes utilisent les médias sociaux pour dénoncer. 


C’est tout simplement pour se libérer de ce poids trop lourd à porter. 


Certains peuvent ne pas comprendre et c’est ok. Il y aura toujours des divergences d’opinions sur le sujet. Mais, moi je les comprends, je les comprends les victimes. Ce besoin vital de redonner le fardeau à leurs agresseurs alors que le système n’est pas adapté. Je comprends aussi les gens du système, qui font leur possible avec un système malade et non adapté.


Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi notre monde manque autant de douceur. Pourquoi les chances que ma fille se fasse agresser au moins une fois dans sa vie sont si élevés? Et si cela lui arrive, est-ce qu’on lui demandera ce qu’elle portait, comme on l’a fait avec moi? Est-ce que notre société et notre système feront en sorte que ce fardeau soit le sien alors qu’il ne lui appartient pas? Et si ça lui arrive. Est-ce que je serai en mesure de lui dire que de porter plainte c’est la meilleure solution? Est-ce que je pourrai lui dire que le système est là pour soutenir les victimes? 


J’ai la chance d’avoir une résilience que je ne peux même pas m’expliquer et un besoin de justice qui fait en sorte que 3 ans et demi plus tard, je suis encore debout à attendre de prendre la parole. Mais, pour toute les victimes qui n’ont pas réussi à porter plainte, pour toutes les victimes qui ont porté plainte et qui ont abandonné, je vous crois. Et je vous comprends. 


Si une victime dans votre entourage se confie, si elle s’ouvre à vous, prenez le temps de la serrer dans vos bras, de lui dire qu’elle est cru. Parce qu’au fond, souvent c’est ce dont nous avons le plus besoin. ❤️


*Le féminin est utilisé dans ce texte, mais je suis consciente que les hommes et garçons sont aussi victimes, et mon soutien va aussi vers eux*

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